Comment l’hypnose peut accompagner les parents lors d’un deuil périnatal ?

La réponse de Laetitia

Hypnothérapeute et praticienne en PNL

Ce texte, je l’ai écrit avec mes émotions et mon quotidien de la clinique. J’aimerais tant qu’il puisse toucher les gens et changer les mentalités, car en France, le deuil périnatal est tabou.

« Personne ne devrait vivre seul la perte d’un bébé ».

Il y a, entre autres, les pertes in utero, les fausses couches, les interruptions volontaires de grossesse (IVG), les grossesses arrêtées (l’embryon ne présente plus de signe de vie), les interruptions médicales de grossesse (IMG) à la suite d’une malformation fœtale et puis les décès à la naissance.

À la demande de mes collègues gynécologues ou sages-femmes, je rencontre les parents afin de les accompagner dans ce moment si délicat. L’hypnose est un outil me permettant de les aider tout au long de ce parcours. Ces femmes qui ont porté la vie et qui doivent, en peu de temps, affronter la perte d’un bébé. Elles ont le visage apeuré par la situation à venir, elles se posent des questions, elles culpabilisent.

« Comment je vais réagir en voyant mon enfant ? »

« Tous ces efforts, toute cette douleur, pourquoi ? »

« C’est de ma faute »

La situation, les émotions, les réactions seront différentes pour chacune selon les particularités du vécu, et l’accompagnement devra être adapté.

L’annonce

Lorsqu’une problématique est liée à la grossesse, c’est normalement le gynécologue qui fera l’annonce. Dans certains cas, dont la trisomie, les parents pourront faire le choix de poursuivre ou non la grossesse. Après l’annonce du gynécologue, s’il le demande, je prendrai les parents en charge immédiatement. Je vais alors vérifier ce que les parents ont retenu, reformuler et m’assurer qu’ils ont bien compris.

Dans certains cas, la mère accouchera du bébé et il sera en soins palliatifs. Dans d’autres situations, il y aura un geste posé par le gynécologue pour l’arrêt de vie du bébé in utéro (fœticide), puis arrivera le déclenchement des contractions pour accoucher de l’enfant décédé. Cette décision sera prise en pluridisciplinaire entre médecins pour déterminer ensuite la date de l’IMG. Différentes problématiques peuvent mener à l’IMG aussi appelé avortement thérapeutique. L’IMG peut être envisagé si la vie de la mère est en danger, ou encore si l’enfant à naître a de fortes probabilités d’être atteint d’une infection particulière grave, d’une malformation ou encore d’une anomalie chromosomique. Dans certains cas, l’IMG est inévitable.

L’accompagnement lorsqu’il y a accouchement d’un enfant sans vie

Lorsque la décision est prise et que le travail commence, l’hypnose peut être utile en salle des naissances. Par exemple, elle peut aider à calmer les personnes, autant la maman que le papa, mais elle peut aussi s’avérer efficace si la mère a des difficultés avec les contractions. Elle permettra de mieux les vivre et accepter d’accompagner le bébé jusqu’à l’expulsion.

Tout au long de ce processus, il faut être attentif aux mots utilisés par ces femmes, ces mots qui seront repris lors de la transe. Certaines femmes parlent de l’accouchement d’un enfant sans vie, d’autres, d’expulser leur enfant, ou encore d’enlever le bébé ou la « chose» de leur ventre.

Afin que les femmes puissent trouver une paix intérieure, il est utile de les aider à libérer les tensions internes, les émotions bloquées à l’intérieur d’elles. La visualisation et la confusion hypnotique peuvent permettre d’apaiser le mental. La détente du corps, de chacune de ses parties, favorisera l’accompagnement du bébé en vue de la naissance.

Une visualisation telle qu’un bourgeon de fleur fermée, associé au col de l’utérus fermé, où chacune des contractions, peu importe leur intensité, ouvrira ce col, facilitera le travail. Cette fleur s’ouvrira, pétale après pétale, jusqu’à ce que le bébé puisse s’engager à dilatation complète.

Par la suite, quand le bébé arrive sans vie, les parents seront respectés dans leur désir de le rencontrer ou non. Certains parents veulent passer un temps avec leur enfant et conserver ces souvenirs par des photos non traumatisantes, parfois simplement d’un pied, d’une main, faire des empreintes, donner des câlins. Dans ce cas, les parents auront une boîte-souvenir de cet enfant où ils pourront mettre, avec les empreintes et les photos, des doudous ou tout ce qui est en lien avec ce bébé. Cela pourra aider pour plus tard et évitera les regrets. D’autres ne souhaitent pas rencontrer leur enfant et leur souhait sera aussi respecté.

Papa et maman: deux réalités

Le vécu entre le papa et la maman sera différent. Par exemple dans le cas d’une IMG, la mère ira au bloc opératoire seule pour faire le fœticide. Le père ne peut pas accompagner sa conjointe à ce moment, mais il pourra normalement la soutenir lors de l’accouchement provoqué pour donner naissance à l’enfant sans vie.

Certaines femmes demeurent partagées car une partie d’elles veulent garder leur bébé, mais elles doivent faire face à la réalité. Ainsi le corps peut vouloir retenir le bébé sans vie dans le ventre afin de retarder l’acceptation que l’enfant est réellement décédé. Dans ce cas, le travail sur les sensations kinesthésiques et la détente du corps sera privilégié.

Les papas sont plutôt dans une attente. Il faudra souvent travailler sur la culpabilité de ne pas avoir été présent pendant le fœticide et le sentiment d’impuissance de ne pouvoir aider. N’ayant pas porté l’enfant, certains papas pourront même avoir une certaine difficulté à comprendre l’ampleur de la peine de leur conjointe. Ces sentiments et émotions ne sont pas à négliger et l’hypnose pourra les aider à s’en libérer.

Culpabilité de la mère

Une tristesse inimaginable envahit certaines femmes, accompagnée bien souvent de culpabilité. Parfois, cette culpabilité remonte plus tard, lorsque tout est fini. La mère culpabilise d’avoir arrêté le cœur de son enfant. Et si quelque chose d’autre avait été possible… Un exercice en PNL proposé par Robert Dilts : « Les Mentors » permet de voir la situation différemment en apportant un nouveau regard sur la situation. Bien souvent, à la fin de l’exercice, la mère s’aperçoit qu’elle a fait le bon choix, autant pour elle que pour son bébé.

Le après…

Finalement, dans les jours, semaines ou mois qui vont suivre, il y aura un travail sur le deuil, bien sûr, mais il y aura aussi une préparation pour plus tard, pour préparer une éventuelle grossesse si tel est le désir. La préparation pourra alors débuter avec, par exemple, la visualisation de la reconstruction de l’utérus qui suit. Vous pourriez aussi faire une métaphore avec l’oiseau qui prépare son nid. Symboliquement, vous faites alors imaginer un oiseau qui construit, brindille par brindille, branche après branche un nid accueillant, douillet, sécuritaire.

Laetitia PETIT

Publication dans la revue « Le Pendule »

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